Fin de l’hiver

Le cercle vicieux se cache dans cette apparente sérénité, cette fermeture au monde qui m’enseigne tout sauf à l’accepter.

Il s’insinue, se glisse, s’immisce dans le moindre interstice.

Il s’en prend à ma gorge et mes poumons, plus profondément dans chaque respiration.

Il grandit et prend la difforme d’une absurdité qui se nourrit d’obscurité et occupe tout l’espace. Il a besoin de place.

Celle laissée vide lui suffit, dans un premier temps. Seulement parce qu’il attend.

La mienne a plus de saveur et plus de valeur. Plus de sueur aussi, un délice, que j’investis dans ce qui me tient à cœur, et non pour lui, quelle injustice !

Puis il ne se contente plus de grandir et obscurcir, il veut que je disparaisse sous son poids, sa pression, son pouce.

Il veut prendre ma place, que je le reconnaisses dans mon ombre, mon reflet, mes gestes.

Que je sentes sa présence jusque dans son absence.

S’il est indissociable de mon corps, je ne peux espérer qu’il disparaisse sans souhaiter ma mort.

Il joue avec ma vie, la sienne ne lui suffit.

Ou peut-être lui importe-t-elle trop peu. Et moi, je ferme les yeux.

Il danse et jubile dans les lueurs de ma bougie, sur les murs de ma chambre. Je suis lasse d’éteindre son ombre.

Pour me sortir de cette dépression goudronneuse dans laquelle je m’enlise, je ne vois qu’une issue.

Si je me suis refusée à m’en servir, il me faut désormais choisir.

Mourir ou l’éblouir.

Il aimerait que je me perde, peut-être que j’oublierai. Cette lumière que je projette, il n’en est qu’un reflet.

Il craint de se brûler les yeux si je brille de mille feux.

Il préfère crever les miens, dans un dernier espoir que je ne sois rien.

Certain qu’on lui refuse ce qui lui revient de droit, il se doit de le détruire ailleurs, en moi.

Il me fait croire que j’en ai peur alors que c’est lui qu’elle terrorise.

Sans celle que je lui offre, il n’a aucune emprise.

 

J’allume toutes les lumières. Je sors de ma tanière.

 

Ébloui, il recule. Jamais je ne l’accule.

 

Il n’y a plus de mur dans ce monde sans obscur.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.

*